Patrimoine et Paysage

Les Croix en fer de chemin

Le village de Guyencourt est entouré de Croix en Fer.  Chacune des 3 entrées a sa Croix, sans compter celle de la place du village et celle du cimetière, car en terre catholique chaque village s’ouvre et se ferme par des croix, comme les places et les cimetières. Le premier rôle d’une croix est en effet le témoignage de la christianisation d’un lieu, ce qui explique leur grand nombre dans toute la France, dans les endroits les plus reculés et les moins accessibles. Elles remplacèrent les monuments pré-chrétiens comme les menhirs ou les bornes militaires romaines. Elles étaient en pierre et leur implantation remonte au VII° siècle…
Elles étaient quelques fois entourées d’une enceinte (arbres ou bien haie) formant ainsi un lieu sacré avec droit d’asile pour les malfaiteurs…
Les carrefours faisaient souvent  l’objet d’attention particulière pour conjurer une appréhension de la croisée des chemins (la peur de ne pas savoir où aller) Elle pouvait aussi avoir une fonction de repère quand les chemins étaient couverts de neige…
Elles servaient aussi aux processions, ce qui permettait de bénir les près et les champs à chaque arrêt. Ces processions renforçaient ainsi l’esprit de communauté du village.
Ces croix donnaient les limites du village, limite du religieux et du profane…
Leur rôle pouvait  être aussi commémoratif (votive ou expiatoire) d’événements tragiques et dans ce cas une inscription les accompagnent souvent…
La croix la plus vieille de Guyencourt est indéniablement celle du cimetière, entièrement en fer forgé. Elle date du XVII° siècle, date de la construction de l’Église. Il est encore possible d’en apercevoir les Fleurs de Lys qui l’ornaient. Il faut savoir que la révolution les a fait disparaître des croix qui ont été fabriquées après…
Les autres croix du village semblent avoir été fabriquées un peu plus tard, au milieu du XIX°, comme en témoigne leur fabrication en partie en fonte.
Elles font maintenant l’objet d’attention particulière et commencent à être restaurées un peu partout, en témoignage d’une pensée plus religieuse et communautaire…

Les Cèdres du Liban

Il est difficile de ne pas voir le groupe de cèdres du Liban sur le coteau sud en venant d’Ailly sur Noye. Fiers et orgueilleux, ils semblent défier les années. Il s’agit bien sûr d’arbres introduits par les hommes, ils ne font pas partie du paysage habituel picard. Pour l’histoire, le cèdre, arbre du Liban est arrivé pour la première fois en France en 1735 par le botaniste Bernard de JUSSIEU qui a ramené d’Angleterre deux plants de cèdre dont l’un fait toujours la fierté du jardin des plantes à Paris. Il existe aussi un cèdre superbe à TOURS dans le jardin de l’ancien palais des archevêques, c’est le plus gros de France, son développement occupe une surface de 800 m², sa hauteur a été mesurée à 31 mètres, quant à sa circonférence, elle est de 7.5 mêtres. Ce Cèdre monumental vient d’être classé « arbre remarquable de France » Il fut planté par Napoléon I en 1804 pour commémorer l’année de son sacre Empereur des Français.
Le Cèdre est le seul arbre, selon les Écritures, que Dieu ait planté de ses mains. Il est lié aux trois grandes religions du Moyen-Orient. Pour les juifs, c’est l’arbre choisi pour construire la charpente du temple de Salomon à Jérusalem (1000 av. J.C.) ; pour les chrétiens, l’arbre saint; pour l’islam, le bois pur.
Le bois de cèdre est facilement polissable et presque ignifuge, il ne pourrit pas, les Égyptiens utilisent le bois de cèdre pour les charpentes, les bateaux, les sarcophages ou les essences aromatiques.
Cet arbre qui peut vivre 3000 ans représente l’emblème du drapeau du Liban et en est le symbole politique . » Un cèdre toujours vert, c’est un peuple toujours jeune en dépit d’un passé cruel. Quoique opprimé, jamais conquis, le cèdre est son signe de ralliement. Par l’union, il brisera toutes les attaques. »
Mais pour revenir aux Cèdres de Guyencourt, l’Histoire raconte que c’est Napoléon III  qui les avait reçus en cadeau du Roi du Liban à l’occasion de la naissance de son fils Eugène-Louis avec l’Impératrice Eugénie en 1856. Il les auraient confiés aux grandes familles françaises pour les planter en couronne dans les parcs. Certains de ceux qui dominent le village, sont trouvés arrachés par des tempêtes mais les survivants semblent vouloir encore s’imposer quelque temps… C’est pour cette raison que beaucoup de Cèdres en France datent de cette période.
Malgré tout cela le Cèdre est malheureusement en voie de disparition, ils ne sont plus à la mode et ne sont plus plantés par les paysagistes, sans doute par l’ampleur qu’ils peuvent donner dans leur développement. Cependant devant cette menace, le Liban vient d’organiser des programmes de plantation pour régénérer les forêts de Cèdres que son histoire avait connues… En France l’association ARBRES se bat dans ce sens et un parc de Cèdres de plusieurs hectares vient d’être planté à côté d’Angers.
Le village de Guyencourt est allé dans ce sens puisque l’ont peut admirer le Cèdre Bleu planté en 1993 à côté de L’Église par le Conseil Municipal de l’époque.

Les Tourelles

A l’entrée du village, en venant d’Ailly sur Noye, il est impossible de ne pas surprendre une tourelle, se détachant avec nostalgie du bois qui la longe, source de fantasmes, intriguant vestige d’une époque passée. Construite en brique, tournée vers le Sud, octogonale, six fenêtres, une porte et une sortie de cheminée sur sa dernière face occultée…    A quoi pouvait elle servir ?  Un belvédère, comme il est possible d’en apercevoir dans les grands jardins pour en admirer l’architecture depuis une certaine hauteur ? Plus simplement un observatoire de la nature et sans doute de chasse avec sa terrasse circulaire et couverte pour permettre une vue sur les vallons environnants… Ce type de bâtiment se construisait à la fin du XVIII° siècle pour être niché dans les feuillages et s’appelait ‘folie’ ou bien encore un peu plus tard  ‘fabrique’. C’était l’époque d’un grand courant de pensée prônant un retour à la nature avec l’apparition de maisons dans les bois. Ce courant de pensée fut suscité par Jean-Jacques Rousseau avec son roman au grand succès de la Nouvelle Héloïse paru en 1761. Il développe une nouvelle pensée philosophique à savoir que l’homme au départ est bon, c’est la société qui le gâte et en se rapprochant de la nature il redeviendra naturellement bon… A la même époque il y eut aussi une anglomanie subite qui envahit la France laissant la nature s’approcher plus librement des maisons. Cette idée s’opposait radicalement aux théories du paysagiste Le Notre qui s’attachait à la contrôler avec ses jardins à la française dont la taille autoritaire et rectiligne s’inscrivait dans l’esprit du règne de Louis XIV. Marie-Antoinette, fatiguée par la cour, fut d’ailleurs la première séduite, elle fit construire la ferme du Petit Trianon à Versailles avec toujours cette grande idée de côtoyer la nature… C’est à cette époque que l’on a pu assister à une prolifération de petites constructions en tout genre dans bien des parcs et grands jardins en France : Pyramides, Kiosques, Temples d’amour, Maisons de poètes… La tourelle de Guyencourt fut construite un peu plus tard en 1870, car  la progression des mouvements et des courants était beaucoup plus lente à l’époque que de nos jours, mais traduit bien déjà l’esprit d’un rapprochement pré-écologique vers la nature…

Les Rues Guyencourtoises et ses habitants

Le village est traversé par plusieurs rues: la rue du Colonel de Virel, la rue Théophile Desprez, la rue André Leroy, la rue de Bayonne et la rue Dumont
La rue Théophile Desprez anciennement rue de Croix, faisant référence sans doute à la croix de fer qui annonce l’entrée du village en venant d’Ailly sur Noye. Le nom Théophile Desprez de cette rue a voulu faire honneur à un ancien habitant du village, né dans la maison qu’occupe actuellement sa petite fille Anne-marie Desprez, sa petite fille. Théophile Desprez avait fait ses études au petit séminaire d’Amiens, qui lui aurait conféré toute sa vie un grand attachement à la vie religieuse locale. Maître d’Hôtel à l’Hôtel Caumartin Opéra  à Paris, il y travaillait avec son épouse Victoria qui occupait la fonction de femme de chambre. La famille raconte qu’il aurait été amené à servir le Président de la République de l’époque. Revenant régulièrement à Guyencourt, ils s’y installèrent définitivement pour leur retraite.
Leur famille est restée très attachée à Guyencourt, leur fils Paul était menuisier très connu du village et nous retrouvons toujours aujourd’hui ses enfants dans le village avec Jean, François et Anne-marie Desprez. Il est à noter aussi qu’un neveu Pierre bien connu par les anciens sous le nom de Pétrus a laissé son souvenir dans la restauration des peintures et des vitraux de l’Eglise de Guyencourt. Il a d’ailleurs longtemps habité l’aile gauche du château.
Pendant la guerre 40, au cours de l’évacuation avec son épouse, leur fils Paul et leur belle fille Mauricette, Théophile Desprez fut tué par un éclat d’obus aux Andelys en Normandie le 8 Juin 1940 et déclaré victime civile.
La rue André Leroy, appelée rue Neuve avant la dernière guerre, porte le nom d’un habitant du village. André Leroy est né dans l’ancien Café Leroy-Jouy que tenaient ses parents, aujourd’hui la Salle des Fêtes. Engagé dans la résistance, il fut arrêté sur dénonciation pour avoir caché des armes. Emprisonné à Amiens, il fut envoyé à Buchenwald par le train de la mort parti de Compiègne le 25 juin 1943  et mourut le 2 février 1944 à Dora en Allemagne.
Il faut savoir que Guyencourt avait deux Cafés: Le Café Douchez-Jouy, à l’emplacement de la maison de la famille Gadoux et le café Leroy, aujourd’hui Salle des fêtes du village. Ces deux cafés partageaient le village et avaient leurs habitués qui s’opposaient dans leurs tendances politiques. Les  bals du Dimanche soir réunissaient une partie du village autour d’un petit orchestre et  des apéritifs commémoraient aussi les événements locaux, mais chacun avec leur tendance, en évitant de se mélanger. La famille Leroy était attachée à leur Café, comme on peut l’imaginer, quant aux Desprez, ils fréquentaient le Café Douchez-Jouy.
La rue du Colonel de Virel, anciennement rue du Château, a changé son nom à l’issue traumatisante de la guerre 39-45. Le Colonel Comte de Virel, né Henri de Fresne de Virel en 1897 à Breuil en Chaussée, fut décoré de la croix de guerre 14-18. Il épouse Solange de Rougé, fille du Comte Stanislas de Rougé qui habite le château de Guyencourt. Officier de cavalerie, il se distingue au Maroc en 1923 lors de la campagne du Rif. Pendant la deuxième guerre mondiale il occupe les fonctions de chef d’état major et est décoré de la croix de guerre 39-45.
Puis, dans la résistance il est chef régional de l’ORA et est arrêté par la Gestapo le 30 Avril 1944. Il est torturé rue des Saussaies à Paris et est envoyé à Buchenwald en Août 44 avec le dernier convoi. Envoyé aux mines de sels de Strassfurt, il meurt d’épuisement le 6 mars 1945 à l’age de 48 ans. Il a été nommé Général de Brigade en 1944.
Une rue porte son nom à Surzar, commune du Morbihan où  une tombe évoque sa mémoire et il est aussi cité sur une plaque de la Mairie du 7° à Paris.
La rue Dumont doit son nom à la colline qu’elle est obligée de gravir comme cela se retrouve dans beaucoup de villages français.
Pour la rue de Bayonne, l’histoire de son nom vient du mot « bayou » qui désignait les marais.

L’église et sa construction

L’église de Guyencourt sur Noye fut construite au milieu du 17° siècle à l’époque où le village comprenait 188 habitants. Cette Église était dédiée à St-Firmin-le-Confesseur et dépendait de la paroisse de Saint-Fuscien.
Vers les années 1870 un incendie en aurait détruit une grande partie. Elle fut reconstruite et agrandie bénéficiant de la grande poussée de ferveur catholique nationale de cette époque comme beaucoup d’églises de France.
Les deux périodes de construction se distinguent bien avec la partie ancienne en pierres blanches de pays du côté du chœur et la partie plus nouvelle vers le clocher faite en briques.
L’église contient un Autel du 18° siècle qui proviendrait d’une Église d’Amiens. Il fut acheté après la Révolution par 2 habitants de Guyencourt. Il faut remarquer aussi le baldaquin au dessus de l’autel datant du 17° siècle, rare dans nos régions mais très courant en Italie. Il avait fait l’objet d’un décret de conservation le 22 Décembre 1885 par le conseil municipal du village.

Le Baldaquin

Le baldaquin fait depuis longtemps la fièreté de L’église de Guyencourt. Peu d’églises en France  en possèdent un alors qu’ils étaient habituels en Italie et s’appelaient Ciborium (Ciboire) dans l’Antiquité. On peut en voir cependant au Val de Grace et aux Invalides au modèle de l’autel de St Pierre au Vatican. Ces baldaquins étaient placés au dessus des autels et servaient à tenir des voiles qui retombaient de chaque côté de l’autel (Lit à baldaquin).
Les peintures qui ornent  le baldaquin auraient été exécutées dans les années 1600  par des artistes italiens de passage en Picardie comme celà se faisait souvent à l’époque.
Le plafond du baldaquin est composé de trois panneaux peints.
Les deux médaillons latéraux représentent des anges entrelacés tenant des palmes. Celui du milieu, en carré, est divisé en quatre compartiments sur lesquels sont peints avec beaucoup de beauté et de finesse les quatre Évangélistes.
Sur le fronton, on peut reconnaître Dieu le Père et aux extrémités du baldaquin, sur la corniche, se distinguent deux vases « pot-à-feu » posés sur un petit socle.
Ce baldaquin entièrement en bois a fait l’objet d’une mesure de protection officielle par le conseil municipal sur l’initiative de Hervé de Rougé le 10 Novembre 1881

Le portrait de Sainte Jeanne de Chantal

Dans l’église de Guyencourt, un grand tableau y a été réinstallé en 2009 après une restauration minutieuse et un séjour dans la salle de la Mairie, il s’agit du portrait de Ste Jeanne de Chantal dont voici l’histoire. C’est la copie du portrait original qui se trouve au Monastère de la Visitation de Turin peint en 1636.
Aristocrate bourguignonne, elle naquit le 23 Janvier 1572 à Dijon sous le nom de Jeanne-Françoise de FREMYOT, orpheline de sa Mère à l’age de 18 mois, elle eut une éducation très stricte et elle fut mariée en 1592 au Baron de Chantal. Le couple eut 6 enfants. En 1601, son mari mourut d’un accident de chasse et après une période d’errance malheureuse et de recherche spirituelle, elle se consacra à des oeuvres de charité.
Il y eut la rencontre avec  François de Sales, qui est devenu le grand Saint que tout le monde connait. Alors Èvèque de Genèvre, il était venu prêcher le Carême à Dijon. Bousculée par cette rencontre, Jeanne de Chantal le suivit à Annecy et y fonda l’Ordre de la Visitation en 1610, avec la création de 87 Couvents en France et à l’étranger tout au long de sa vie.
Après la mort brutale de François de Sales à l’age de 55 ans d’attaque cérébrale, elle s’attacha  à autre grand Saint, St Vincent de Paul. Epuisée par son activité au développement de l’Ordre qu’elle a créé, elle mourut en 1641, à l’age de 69 ans
Elle fut canonisée le 16 Juillet 1767 par Clément XIII. Sa fête est célébrée le 12 Août. Elle est la patronne des Mères de famille, des veuves, des Chantal, des Francine et des France. Sa dépouille est conservée à Annecy dans la Basilique de la Visitation avec celle de St François de Sales.
Notre spécialiste de ces questions, Mme Anne Marie DELENCLOS, relie la présence de Ste Jeanne de Chantal dans notre Eglise avec les grands tableaux de l’Eglise de Folleville : St François de Sales (Lui aussi récemment restauré par Mme Anne Joubert, restauratrice de notre région) et trois tableaux de St Vincent de Paul.
Ces tableaux auraient été déposés dans ces deux églises par des Pères Lazaristes de passage (Congrégation fondée par St Vincent de Paul) pour commémorer la prédication de St Vincent de Paul à Folleville le 25 Janvier 1617… Ils auraient eu l’intention de rapprocher ces Grands Saints liés dans une histoire commune.

Pour compléter l’histoire de sainte jeanne de chantal, il faut savoir aussi qu’elle fut la grand-mère de la Marquise de Sévigné, née Marie de rabutin- chantal. Elles ont pu se connaître car la Marquise de Sévigné qui naquit en 1626, avait 15 ans quand sa grand-mère mourut.

Nous tenons à remercier sincèrement Madame et Monsieur Cardon, pour nous avoir transmis généreusement ces articles et permis de découvrir toutes les histoires cachées dont regorge notre patrimoine.